F. Labroille

Le questionnement de notre groupe

Mon propos est de suggérer quelques interrogations. Vous ne les partagerez pas nécessairement parce que vous avez sans doute bien d’autres. Mais si nous ne trompons pas complètement, nous devrions retrouver au moins en partie des sujets d’intérêt communs. Il s’agit de parler de ce que pourrait être une politique régionale en matière d’emploi. De ce que pourrait être une politique d’emploi au début d’une nouvelle mandature pour le conseil régional enfin défait du pouvoir de blocage qu’avait la droite et le Front national dans l’assemblée antérieure mais avec un contexte particulièrement dégradé. Pour vous soumettre quelques interrogations directrices, je voudrais préalablement - d’abord brièvement indiquer le projet que nous avons - ensuite présenter la démarche le plan d’action pour l’emploi 2004 qui va être discuté lors de l’Assemblée plénière du conseil régional le 24 juin

1 – Un projet ambitieux.

Notre projet est ambitieux puisque nous disons vouloir construire une « sécurité emploi, formation, revenu ». L’idée de base est relativement simple à énoncer. Devant le développement du chômage et de la précarité, nous voulons contribuer à construire de nouveaux droits pour les salariés. Droits à partir desquels on doit pouvoir assurer une sécurité des parcours, l’accès à la formation, la continuité d’un revenu. Cette extension des droits participe du développement des capacités humaines qui en retour constitue une clé du développement économique et social. Tout se complique quand on prend en compte deux données essentielles : - une dégradation très sensible de la situation de l’emploi en nombre et en qualité que nous venons de voir décrite dans le détail. Les stratégies d es entreprises sont très timorées en matière de recrutement et nous savons que plus de 140 plans sociaux ont été recensées depuis le début de l’année . Du coup nous avons à intervenir avec la nécessité de traiter des situations d’urgence à l’image de la multiplication des plans sociaux et en même temps nous avons tous l’intuition que cela ne suffit pas. - les compétences de la région qui ne sont pas mineures mais qui ne sont pas centrales en matière de politique de l’emploi. Du coup, il ne s’ agit pas d’avoir une approche incantatoire de ce que pourrait une politique nationale mais de se saisir des compétences régionales pour concrétiser ce qui peut l’être

2 – le contenu du plan Notre groupe s’est investi dans l’exécutif régional et à ce titre exerce des responsabilités dans 3 des 15 VP dont celle de l’emploi et du développement économique qui est prise en charge par Daniel Brunel comme dans le mandat précédent. L’exécutif régional a souhaité dès le nouveau mandat reprendre un plan pour l’emploi que la droite et le FN avait bloqué au printemps 2003 en le reformulant assez largement. Daniel pourra intervenir sur son architecture et son contenu détaillé. Je voudrais simplement évoquer l’esprit de la démarche qui le sous-tend.

Deux préoccupations me semblent animer le travail entrepris :

1 – Première préoccupation : le souci d’articuler des mesures d’urgences d’effet immédiat avec l’ouverture de chantiers structurant pour favoriser une autre type de développement de notre région.

Cela conduit à organiser le plan en 3 volets : 1. Inquiétude et réaction à la multiplication des plans sociaux 2. Des mesures nouvelles prolongeant celles prises depuis le printemps 2003avecdes financements nouveaux à hauteur de 15 millions d’euros. 3. la perspective de chantiers de plus long terme.

2 – Seconde préoccupation : prendre la mesure des difficultés rencontrées par l’économie francilienne et des atouts pour impulser un autre type de développement. Le diagnostic établi souligne l’ampleur de la dégradation conjoncturelle de l’emploi et remontée du chômage mais aussi la baisse continue et préoccupante de l’emploi industriel. Simultanément il met en évidence les atouts et potentialités de la région avec des activités à forte valeur ajoutée, avec un potentiel de recherche de premier plan, avec le vivier d’emplois que peut représenter l’économie sociale et solidaire

Le contenu même du plan résulte de ces deux préoccupations. Le premier volet développe 3 grandes séries de propositions pour répondre aux situations de crise.

14En direction des territoires fragilisés. 24En direction des salariés menacés de licenciement 34En direction des demandeurs d’emploi + Des mesures pour des dynamiques nouvelles, pour d’autres paramètres que la seule croissance financière




Le second volet développe 12 mesures d’effet immédiat avec le souci de s’attaquer aux situations de chômage et de précarité, de discriminations. Il propose d’engager un travail avec les associations de chômeurs, de personnes handicapées, les collectivités locales, les services de l’Etat, les entreprises pour favoriser l’insertion dans l’emploi des publics fragilisés. On y trouve notamment les directions suivantes :

4Développer l’emploi pour répondre aux besoins de services de proximité 4Favoriser l’insertion et la qualification des publics les plus fragiles. 4Soutenir la création d’activités et d’emplois 4Soutenir la recherche et les chercheurs franciliens

Le 3 ème volet, celui des grands chantiers s’inscrit dans une volonté particulièrement portée par notre groupe, qui est celui d’une réelle démocratie participative régionale qui doit intégrer le reconnaissance de la place et du rôle des organisations syndicales et du mouvement associatif.

Les premiers chantiers de la mandature

1/Une Conférence pour l’emploi, le développement économique, l’économie sociale et solidaire, et la formation professionnelle.

2/La mise en place de 10 000 « emplois tremplin » d’ici 2010

3/Un plan régional pour le développement de l’économie Sociale et Solidaire, la création d’entreprises et l’insertion par l’activité économique en Ile de France.

4/La tenue des Etats généraux de la formation dans le cadre du schéma des formations

Voilà donc l’économie générale de ce plan à plusieurs étages. Pour faciliter nos échanges, je voudrais pour terminer repérer quelques unes des lignes directrices des questions que nous nous posons et que nous vous posons.

3 –Quelques interrogations.

On peut les multiplier. Aucune censure. Personnellement, je retiens trois grandes interrogations.

1 – l’articulation court et moyen et long terme pose le problème de la conception du développement de la région. Quels emplois pour quel développement ? C’est là qu’il y a une première zone de débat. Aujourd’hui, nous nous retrouvons tous dans le discours politique du développement durable, de l’éco région, d e l’économie sociale et solidaire. C’est cela qu’il faut creuser. Permettez moi une hypothèse : on ne peut avoir une vision malthusienne, étriquée du devenir de notre région. On ne peut non plus se contenter pour projet de répéter la vocation capitale et internationale de l’ile de France. L’ile de France rencontre un essoufflement si l’on, prend des indicateurs de PIB par habitant ou d’emploi.. Sur quelles bases se développer ? Quelles activités ? etc…La désindustrialisation est un phénomène effectivement préoccupant. Mais il faut savoir de quoi l’on parle. Ce sont les activités à haute valeur ajoutée, au contact d’industries de pointe, de la recherche, des services, des qualifications et du développement des capacités humaines qui font la dynamique de développement francilienne. Autant nous sommes attentifs aux emplois que l’économie sociale et solidaire peut recéler, autant nous savons que le niveau et la nature des emplois de demain dépendent plus largement de la conception du développement que l’on veut promouvoir à moyen terme. Quelle vision de moyen terme avez-vous ? Comment associez-vous ré industrialisation et essor des services ? Quelle place voyez vous pour les services publics ?

2 – la question des inégalités et des discriminations. L’état des lieux est sans appel. Les inégalités spatiales et sociales n’ont cessé de se développer en Ile de France. Elles affectent tout particulièrement l’accès à l’emploi, la vulnérabilité au chômage et les parcours de formation. En ce sens, une politiques régionale en faveur de l’emploi nous semble devoir pleinement rendre ne compte cet enjeu des discriminations. C’est une préoccupation transversale qui devrait inspirer la mise en œuvre de tous les dispositifs auxquels contribue la région. Nous pensons à titre d’exemple que faciliter l’accès à la VAE pour les publics les plus éloignés spontanément de type de démarche devraient être une préoccupation de premier plan. Quels constats faîtes vous dans vos secteurs respectifs d’intervention ? Quelles propositions éventuelles avancez-vous ? Dans ce cadre, se pose la délicate question des 10 000 emplois tremplins que JP Huchon s’est engagé à créer sur la mandature. Ce n’est pas au départ l’une de nos propositions mais c’est désormais un enjeu. Sur quel périmètre les concevoir ? Sur quel statut ? Avec quelles conditions ?

3 – la question de la formation. La référence à l’importance de la formation est désormais omniprésente. Elle recouvre cependant des options parfois très différentes. Il ne suffit de parler d’économie de la connaissance ou de formation tout au long de la vie pour avoir tout dit. Nous avons la conviction que les choix de formation sont aujourd’hui stratégiques du point de vue du type d développement ultérieur. Nous savons que l’Ile de France souffre d’un niveau particulièrement élevé des sorties du système éducatif sans qualification alors qu’elle est en même temps l’une des régions qui produit le plus de diplômés. Nous savons qu’elle est donc traversée par des inégalités très importantes qui se sont aggravées sur la dernière décennie. Enfin, nous savons qu’en matière de formation professionnelle, les responsabilités de la région sont depuis 1993 très importantes pour les dispositifs 16 – 25 ans et que le développement de formation tout au long de la vie ou d’adulte va prendre de l’ampleur mais poser des problèmes nouveaux, ne serait-ce que sur la capacité du service public à le prendre en charge. Nous savons que l’Ile de FRance est à la fois. Ce sont ces sujets que nous entendons aborder à l’automne. Comment abordez-vous les problèmes des objectifs de formation en ile de France pour la formation initiale ? Comment voyez-vous les solutions au problème du creusement des inégalités ? Quelle impulsion la région doit-elle donner à la formation professionnelle continue ?

4 – La question de la révision du SDRIF Dernière question mais moins en interrogation qu’en alerte : la révision du SDRIF va être lancée dans les prochains jours. Elle va occuper les deux ans qui viennent . Elle va concerner le devenir de l’aménagement du territoire en ile de France et très concrètement le devenir de l’habitat, des transports, de la localisation des emplois et du développement économique. Ce sont le s contours et l’organisation d’une grande métropole du monde qui sont en jeu. Nous pensons que ce devrait être. Les schémas précédents ont été conçus sous la responsabilité de l’Etat et le dernier en date remonte à 1994. Sa préparation s’était étalée sur 5 ans. Auparavant ce sont les schémas de 1965 et de 1976 qui avaient structuré le développement urbain. Aujourd’hui c’est la région qui va piloter le nouveau schéma. Le sujet mérite d’inventer de nouvelles pratiques démocratiques. Cela concerne les collectivités territoriales présentes en, Ile de France mais aussi les organisations syndicales, les associations, les citoyens dans leur ensemble. Carte des formations, plans locaux d’urbanisme, schéma des transports devront être conçus en cohérence avec le SDRIF. Cela veut dire que tous les compartiments de la vie de salariés sont en jeu. De tels sujets méritent un investissement majeur et rien ne serait pire qu e de laisser de tels choix collectifs par des procédures essentiellement technocratiques.

Conclusion Je vous propose maintenant de dialoguer. A partir des questions que j’ai identifiées mais aussi évidemment à partir des vôtres, qu’elles se recoupent ou non. Vous avez des expériences multiples, de luttes sociales dans des entreprises, dans les services publics, vous avez des projets et des propositions. C’est à partir de ce type d’échange que nous entendons enrichir notre propre réflexion.