Franck Loizemant COMPTE RENDU DES ASSISES

152 collectifs ont été finalement recensés dans 58 départements. Les départements qui comptent le plus de collectifs sont les Bouches du Rhône, l’Hérault, la Gironde et Paris. Une centaine de collectifs sont représentés aux assises par 140 délégué-es. Au plus fort moment d’affluence (le samedi après-midi), on comptera environ 220 personnes. Le nombre de collectifs recensés marque une forte déperdition par rapport à juin et plus encore par rapport aux présidentielles. Il y a quelques semaines, cependant, un tel nombre aurait paru inespéré. Encore doit on préciser que pas mal de collectifs recensés ne se sont pas réunis depuis les vacances.

Première journée

Dans une ambiance tendue, la mouvance écologiste radicale obtient de faire passer la discussion sur la charte de fonctionnement avant celle sur le texte politique. Il serait prioritaire de discuter des « fonda-mentaux ». La motion du 18ème sur les Etats Généraux se trouve reléguée en fin d’Assises et disjointe de la discussion sur le texte politique. La mouvance écologiste radicale (une telle appellation est réductrice mais c’est bien d’écologistes radicaux que se qualifient une partie de ces camarades) regroupe les militant-es rassemblé-es, il y a un mois, à La Louvesc, les collectifs girondin, une bonne partie du Sud Ouest et les collectifs du Nord. Ce courant apparaît particulièrement offensif et semble alors représenter une bonne partie de la salle.

Le débat sur la charte de fonctionnement commence. Il vise à préciser les articulations entre les collectifs « souverains », la coordination nationale qui se réunit tous les 3 mois, le collectif national d’animation de 40 membres qui se réunit tous les mois et enfin le secrétariat « mandaté » par la coor-dination nationale. Nous avons décidé de ne pas intervenir dans le débat sur la charte. Les écologistes radicaux attaquent assez violemment le secrétariat.

A partir de 16 heures, commence le débat sur le texte politique. Les amendements sont beaucoup plus nombreux. Il y a deux catégories d’amendements. Ceux défendus par Paris 14 et Paris 18 visent à ce que la structure qui sortira des Assises reste un rassemblement fédératif de collectifs et un cadre accueillant tous les anti-libéraux. La perspective des Etats Généraux rassemblant toute la gauche de transformation sociale est l’objectif mis en avant. Au contraire les écologistes radicaux veulent aboutir à un mouvement politique autonome qui aurait de fait les attributs d’un parti. Ils ne veulent pas des Etats généraux car nul accord n’est possible avec les partis « productivistes » (comprendre le PCF et la LCR). Ce courant repousse l’étiquette anti-libérale et refuse, en partie, de se réclamer de la gauche. Entre ces deux courants, le secrétariat se pose en « centre raisonnable » refusant les deux écueils du club de discussion et du petit parti impuissant. La discussion est presque constamment biaisée, les questions en débat évoquées par la bande. Le contexte politique n’est presque jamais évoqué. Le secrétariat ne fixe pas de perspective claire. Brandissant les écologistes radicaux comme un premier épouvantail, il veut accréditer l’idée que son projet n’est pas la mise en place d’un nouveau parti politique. Brandissant les 14-18 comme un second épouvantail, il donne des gages à une assemblée dont la rancœur contre les partis est le principal ciment.

Seconde journée

Après une assez courte discussion sur les amendements qui visent à contrôler, voire à supprimer le secrétariat et sont rejetés, la charte de fonctionnement est adoptée à une large majorité.

Le débat s’engage sur le texte politique. Un premier groupe d’amendements défendus par les écologistes radicaux, les Girondins, l’Hérault et un certain nombre de collectifs propose donc la mise en place d’un mouvement politique autonome et une rupture totale avec les partis ouvriers. Ces amendements vont recueillir un tiers des votes exprimés. Un second groupe d’amendements est défendu par les 14/18. Ils fixent des lignes rouges à ne pas dépasser pour éviter que le rassemblement des collectifs ne se transforme en nouveau parti et mettent en avant la perspective des Etats Généraux. Ils ne recueillent qu’un dixième des votes exprimés. Face à la poussée des écologistes radicaux et des décroissants qui semblait irrésistible, le secrétariat a repris la main. Notre but était de clarifier son projet. En argumentant contre nos amendements, Yves Salesse va se dévoiler un peu plus. Il reconnaît que le rassemblement des collectifs se situe en concurrence des partis de la gauche radicale. Mais la démonstration n’est pas vraiment aboutie. Les militants des collectifs qui croient, en toute bonne foi, que le projet du secrétariat n’est pas de bâtir une chapelle de plus, ne sont pas vraiment ébranlés. Pourtant, les collectifs sont, suite au rejet de nos amendements, autorisés voire encouragés à se présenter à toutes les échéances électorales. Un amendement contre-feu de Paris 19 qui incite les collectifs à discuter avec les partis de la gauche de transformation sociale avant de déposer des candidatures est adopté. Il est regrettable que la décision d’un certain nombre de collectifs (notamment dans les Bouches du Rhône) de passer des accords de premier tour avec le PS n’ait pas provoqué de discussions. Alors que le texte politique est déjà adopté, un vote sur un amendement oublié va encore en réduire la portée. Il n’est plus question d’inviter aux Assises les partis de la gauche de transformation sociale mais seulement leurs courants « unitaires ».

On passe ensuite au vote sur le nom. Après dépouillement des questionnaires remplis par les collectifs, il est proposé aux collectifs de s’appeler désormais C A P à Gauche, Mouvement des collectifs unitaires. Mais cette proposition n’obtient pas la majorité qualifiée des 2/3 et le choix d’un nom est reporté à une prochaine coordination. Comme souvent le débat qui ne porte que difficilement sur les questions principales, se cristallise sur les questions secondaires.

Un appel assez lisse qui inclut un appel explicite à la co-organisation d’Etats généraux est adopté ensuite.

Beaucoup de collectifs avaient combattu la possibilité accordée aux organisations politiques d’adresser un message aux Assises. Mais les débats ayant pris beaucoup de retard, la plupart de représentants de ces partis (dont la LCR et le PCF) sont partis. Un militant du PRS salue l’assemblée tout en caracté-risant les militant-es rassemblé-es comme appartenant à un courant politique clairement défini. Diverses interventions ont lieu au nom des Alternatifs, d’AlterEkolo, du Forum Social des Quartiers et des Objecteurs de Croissance.

La liste des membres du Collectif National d’Animation est lue : la plupart des membres du précédent secrétariat plus quelques candidats qui se sont manifestés. La question de la légitimité de la direction nationale n’a donc guère avancé mais des régles sont désormais fix »es pour désigner le CNA.

Diverses motions (Villiers le Bel, soutien aux faucheurs volontaires du Nord, luttes sociales) sont adoptées. Il en est de même de la motion de Paris 18 sur les Etats généraux. Notre motion est adoptée avec quelques modifications qui ne la dénaturent pas. Mais il n’y a plus grand monde et on a un peu l’impression d’un vote à la sauvette alors que cela aurait pu être le moment fort des Assises.



Yves Salesse conclut les Assises en faisant part de sa satisfaction pour la « réussite » des Assises et en appelant à la mobilisation pour un référendum sur le traité de Lisbonne.

CONCLUSION : FAUT IL RESTER DANS LA COORDINATION NATIONALE ?

Nous avons cru en juin pouvoir relancer la dynamique des collectifs qui se réduisaient déjà, pour l’essentiel, aux comités Bové. Nous avons espéré en une re-mobilisation des militants unitaires, en leur retour dans la coordination. Elle ne s’est pas produite, le rassemblement des collectifs a continué à se rétrécir et nous n’avons pas pesé bien lourd, encore moins que les décroissants. Nous n’avons réussi ni à totalement clarifier le débat, ni à enrayer la dérive des collectifs en nouvelle chapelle s’ajoutant aux partis existants. Certes les collectifs ne se sont pas transformés en nouveau parti se réclamant de la décroissance et invectivant les autres partis. Mais nous assistons à la mise en place insidieuse d’un petit appareil qui prétend, comme d’autres, que l’unité se réalisera autour de lui-même et se pose en concurrent des organisations existantes. Certes, cette évolution n’est pas encore arrivée à son terme. Certes, il reste des militants unitaires dans les collectifs. Mais la dynamique est bien retombée. Il y aurait encore une raison de rester dans la coordination. Ce serait d’y défendre la perspective des Etats Généraux. Mais le secrétariat mettra t il beaucoup d’ardeur dans leur préparation ? D’autant que bon nombre de collectifs y sont carrément hostiles. Et puis le secrétariat, en entretenant sa rivalité boutiquière avec « Maintenant à Gauche » et d’autres courants unitaires, ou en se croyant encore le pivot ou le creuset de la refondation, même s’il s’attelle sérieusement au chantier des Etats Généraux, risque de ne pas en être un levier aussi efficace qu’il le faudrait. Quitter la coordination nationale. Y rester. Le choix n’est pas simple. Discutons en tous-tes ensemble.