Mon dimanche « aux Zingots »

Les Gilles (Lemaire et Bénard-Ramulaud) nous avaient courageusement invités, un dimanche de décembre, le 8, «  avec un casse croûte et du vin, sans tabous, sans dogmatismes et sans enjeux précipités » pour discuter « de l'avenir, même assez lointain » comme le suggérait leur message. Ce fut effectivement un moment très convivial… à plus de 40 participant-e-s autour des verres de l’excellent vin que l’on peut boire aux zingots dans un décor à faire oublier l’austérité de l’antilibéralisme. Ce fut aussi un moment très politique réunissant des ami-e-s d’hier ou d’aujourd’hui mais dont les occasions de se voir se raréfient dangereusement, du moins pour certain-e-s d’entre eux ou d’entre elles. Le pari de Gilles B est d’ amener à dépasser cette exception française qui nous fait cultiver nos différences au point de « prendre parfois nos ami-e-es les plus proches pour nos pires ennemi-e-s ». Et, sans prétendre rééditer l’appel Ramulaud, la volonté annoncée par Gilles L. est de concilier des « engagements différents dans la perspective de travailler ensemble » en sachant que nous partageons beaucoup sur le contenu du projet.

Les 22 interventions de l’après-midi n’auront sûrement pas déçus nos hôtes. De 5 à 15 minutes chacune, elles ont eu la diversité revendiquée des âges et des sensibilités, avec une dominante perceptible d’une implication dans la campagne de J. Bové, mais avec une pluralité incontestable de trajectoires et d’expériences. Il est vrai que, même s’il n’incluait visiblement pas certains engagements, au sein du PS par exemple, le périmètre des invitations était suffisamment large pour entendre plusieurs variantes de la gauche de gauche. L’intérêt de l’après-midi a donc été dans cette possibilité de se parler pendant plus de trois heures dans une configuration qui se fait désormais plus rare. Il est quasiment impossible d’en restituer les lignes directrices dans la mesure où cette reprise de contact a incité chacun à dire d’abord son parcours et à ne pas chercher à développer la confrontation sur les interrogations qui pouvaient surgir des autres interventions. Il n’empêche qu’elles ont bel et bien fait apparaître plusieurs des questions politiques qui émergent actuellement dans les cercles de la gauche qui se dit de transformation.

1. Les préoccupations de bilan de la période, qu’il s’agisse du temps court de la séquence présidentielle, de la campagne Bové, des apprentissages qu’elle a permis, de ses limites voire de ses échecs, ou qu’il s’agisse du temps plus long…sont restées assez présentes. La gamme des perceptions est très ouverte (Emmanuel Chanial) entre une vision a posteriori d’une campagne Bové très « vieille gauche » (Eros Sana) ou bien d’un bilan qui reste à faire ou de bilans que l’on ne fait de toute façon jamais et qui devrait aussi concerner le PCF te la LCR (France Coumian)

2. Mais la discussion sur le « nous » qui nous identifie – les présents – , le « nous » qui nous rassemble a finalement beaucoup plus traversé les interventions. Le « nous » peut se dire plutôt en négatif en craignant notre incapacité à attirer celles ou ceux qui sont réellement dans les luttes (Hamida Ben Sadia) , ou bien plus en positif en souhaitant se définir comme le lien entre les diverses composants de la gauche antilibérales, ses divers lieux trop éclatés, voire en percevant la force considérable que nous constituons dans un contexte catastrophique (Alain Bertho) … ou bien en disant surtout la nouveauté à construire en sachant la nécessité de dépasser l’appropriation du champ politique par les organisations spécialisées (Laurent Lévy), ou encore – plus modestement - se penser comme un morceau d’intelligence collective (Gus Massiah)…

3. Les questions du projet, du rapport à la gauche ont été les plus fréquemment abordées. A commencer par celles des clivages issus du passé et leur pertinence, compte tenu du nombre des ex parmi les participant-e-s…Par exemple, pour les uns l’opposition entre traditions productiviste et non productivistes a un sens alors que pour d’autres la nouveauté de l’importance de la question écologique oblige à dépasser certains clivages antérieurs(François Simon)…Question du contenu de la transformation sociale, de l’analyse de ce que recouvre le sarkozysme (Nicolas ?) …mais surtout la mesure de notre défaite intellectuelle et idéologique que représente la victoire du sarkozyme et savoir quelles sont les bonnes batailles à ouvrir par exemple entre le principe du référendum ou le contenu des politiques européennes (Maxime Combes) ou par exemple celle des retraites en 2008 (Aurélie Trouvé). S’interroger aussi sur la difficulté récurrente à intégrer la bataille sur les discriminations dans toutes les composantes de la gauche antilibérales (Tarek Ben Hiba) , pointer les questions à traiter…prendre la mesure de l’obsolescence la matrice qui a forgé le projet de la gauche au XX ème siècle (Christophe Aguiton) et identifier les questions nouvelles à traiter en prenant appui sur les expériences comme celles des luttes altermondialistes, dépasser le dilemme qui les traversent entre radicalisation ou élargissement (Gus Massiah)…

4. La discussion a progressivement évolué vers les rapports entre les champs sociaux et politiques et leurs acteurs (Claire Villiers, Gilles Lemaire) le dépassement des frontières et hiérarchies issues de la charte d’Amiens , la pertinence contemporaine des notions comme celle de l’indépendance des mouvements associatifs ou sociaux à l’égard des enjeux électoraux tout en sachant travailler ensemble (Aurélie Trouvé) , le risque de conforter l’esquive de la question politique au nom de l’indépendance – ATTAC = refuge ?) – (François Simon) ; la question du rapport aux institutions et des contradictions à y porter (Claire Villiers).

5. Et puis les questions de stratégie ont occupé en filigrane la plupart des interventions… chacun-e évoquant plus ou moins ses engagements… et la perspective d’une force de gauche, sans nécessairement que les visons implicites ou les stratégies pour la construire coïncident... Il en est ressorti parfois une insistance sur les réorientations culturelles que cela appelle (Eros Sana et d’autres), une vision large des forces à rassembler mais y faire avancer les contradictions (Patrick Farbias), ne pas nourrir l’illusion d’une recomposition étatiste et laïcarde entre PRS et PCF (Maxime Combes.) éviter l’idée qu’il y aurait un QG de la recomposition (Jean-Jacques Boilaroussie), ne pas sous-estimer le travail qui s’effectue déjà dans la dynamique des collectifs (Pierre Cours-Salies), comment sortir des logiques partidaires ? (François Simon) Comment se retrouver et ne pas rester chacun dans son coin ?(Clément Aumenier) et ne pas en rester aux fragmentations (Abdel Bénassem).

On s’est quittés en sachant que l’on avait sans doute plus déroulé que véritablement croisé des propos mais que c’était d’autant plus une bonne raison de se revoir que l’on avait en commun l’envie que cela bouge à gauche.

François Labroille pour son ami Gilles

En Belgique, les Gilles sont des comiques sceptiques et représentants de l'unité (nationale...). Les Gilles (Lemaire et Bénard-Ramulaud) organisent une petite causerie (entre copines-copains?) sur le thème: La gauche: nécessaire? possible? utile? Au restaurant "Aux Zingots" 12 rue de la fidélité (!!), 75010-métro Garede l'Est, le DIMANCHE 09 DECEMBRE 2007 à 13h (le 2 décembre assises des CUAL) avec un casse croûte et du vin blanc, voire rouge?!, sans tabous, sans dogmatismes et sans enjeux précipités, discutons donc de l'avenir, même assez lointain.. Gilles L et Gilles B dit R Nous confirmons le rendez vous du 9 décembre; n'apportez rien, Gilles l'aubergiste s'occupe de tout et nous en appellerons à votre contribution financière.

37 d'entre vous ont répondu présent (dont 3 avec une incertitude) : Abdel benassem , Alain Bertho ,Aumeunier Clément: Bernard Guibert Claire Villiers Corine Angelini Emmanuel CHANIAL Etienne Adam France Coumian Francine Bavay Franck Mérat François Labroille Francois Longerinas francois.simon Gilles Bénard Gilles Lemaire Gilles Monsillon Gus Massiah Hamida BEN SADIA Henri Mermé Jacques Perreux Jean brafman Jean Francois Pélissier Jean JacquesBoislaroussie Jean Pierre Lemaire Joseph Rossignol Laurent Levy martine billard Maxime Combes mbaireh.lisette Nicolas Haeringer Pierre Khalfa Pierre Zarka Romain Biessy Seddik, Omeyya Stéphane Lavignotte Tarek Ben Hiba 6 ont répondus qu’ils ne pouvaient venir :Annick Coupé, Michel Bourgain, Michel Rousseau, Raoul Marc Jennar, Yves Salesse, Yannis Youlountas 22 n’ont pas (encore !) répondu : Aguiton Christophe Aurélie Trouvé Bernard Loche Claude Debons Clémentine Autain Eros Sana Fernanda Marrucchelli François Asensi Fraysse jacqueline Gilles Alfonsi Gleizes Jérôme Jean-Marie Harribey Marc Le Glatin maryvonne loiseau Mezzi, Dominique Olivier Frachon Patrick Braouzec Patrick Farbiaz Patrick Silberstein Pierre Cours-Salies Roger martelli Wesselberg stéphane