Paris et la région, quelles relations ?
Par François Labroille le mardi, février 5 2008, 15:00 - Insolite - Lien permanent
Je viens de retrouver la trame d'une intervention que j'avais faite le 3 mars 2004 pendant la campagne des élections régionales lors d'un débat animé par Guillaume Malaurie de Paris Obs. et introduit par Daniel Béhar. Mes 4 années d'éxpérience au conseils régional m'ont conforté dans mon point de vue.
Faire part en préalable de la conviction qu’il y a nécessité d’une appropriation bien plus large des questions du devenir de l’agglomération parisienne. Nous pouvons tous partager l’intuition que notre métropole est dans une nouvelle phase d’accélération de son histoire et de son développement. Les incertitudes sont grandes sur les scénarios possibles entre une aggravation des ségrégations qui la minent déjà et ou bien une valorisation des atouts d’une région les plus riches et les plus attractives du monde. Nous n’avons aucune prétention à apporter des réponses achevées et ce n’est pas notre conception ni du rôle des candidats, ni du rôle des élus. En revanche, nous voulons contribuer à ce que le débat ait lieu. Le temps électoral est un moment privilégié pour le mener. Nous y tenons d’autant plus que le sens général de notre projet politique est de lutter contre les inégalités et les ségrégations qui asphyxient l’Ile de France. C’est comme si toutes les inégalités sociales, de revenu, d’accès aux transport, à l’emploi, à la santé, au logement, à l’école projetaient leur empreinte dans la distribution de l’espace. Cette ségrégation brise les solidarités et isole. Elle n’est pas seulement entre grandes zones et va au delà des oppositions Paris/Banlieue. Elle traverse aussi tous les micro territoires et structure aussi bien l’espace de Paris que l’ensemble de la région parisienne. Voilà le défi que nous entendons relever: lutter contre les ségrégations sociales et urbaines pour permettre à .tous les franciliens d’avoir une même ambition de projet de vie
En réaction à l’introduction de Daniel Béhar, je voudrais préciser notre réflexion sur quelques points essentiels.
1 – le point de départ réside dans le décalage étonnant entre la réalité de la vie de millions d’habitants de la région parisienne et l’état balbutiant des concertations des politiques publiques. La vie quotidienne pour des millions de personnes repose sur une incroyable imbrication des territoires qui transcende les frontières administratives et institutionnelles. Comparée aux autres grandes capitales, Paris fait figure d’anomalie par son territoire , très dense, presque entièrement occupé et séparé de ses voisins par la barrière du périphérique. Pourtant les franciliens eux, dans leur vie professionnelle, familiale, leurs pratiques culturelles, leurs loisirs, ne s'arrêtent pas à ces frontières. Aujourd'hui par exemple un Parisien actif sur trois travaille en Banlieue et trois emplois sur cinq à Paris sont occupés par des “ non-parisiens ”. J’en veux aussi pour preuve ce constat établi par l’INSEE en décembre dernier sur une majorité de déplacements en IDF relevant de déplacements non professionnels. Parallèlement, les démarches de coopération ont un incroyable retard. Certes quelques évolutions sont apparues ces dernières années, principalement à l’initiative de la mairie de Paris, mais sans changer réellement la donne. Cette distorsion entre le caractère de plus en plus global de la métropole et l e maintien des politiques publiques segmentées constitue un problème majeur auquel il faut s’attaquer si on ne veut pas voir s’échapper toute régulation sérieuse du développement urbain.
A cet égard, l’héritage est particulièrement lourd. Il y a tout un passé séculaire à élucider sur cette étrange relation entre Paris et ses voisins. Mais il y a dans ce cadre un héritage particulièrement lourd, celui de la droite. Dans les années 1960, la droite a eu l’obsession de faire de Paris son fief et de le protéger de la banlieue rouge. C’est avec cet objectif qu’elle a installé un découpage administratif u département de la Seine puis, plus tard, opérer un véritable partage des rôles entre Paris d’un côté et la région de l’autre. Elle a ainsi installé un système qui fondait soit sur la domination de Paris, soit, au mieux son indifférence à l’égard de ses voisins. Depuis les changements de majorité des évolutions ont eu lieu. Le partenariat s’est développé. Des contrats ont été signées entre Paris et la région ainsi qu’entre Paris et des communes voisines. Mais la démarche régionale est restée timide, quand ce n’est pas à reculons. Elle est loin d’être à la mesure des nécessités.
Pourtant, si ce ne sont pas les collectivités publiques qui coopèrent, la régulation se fait inévitablement autrement, impulsée par les stratégies des entreprises avec des logiques d’organisation de l’espace particulièrement ségrégatives.
II – Evoquer quelques pistes.
Elles s’ordonnent sur des finalités et des modalités.
1 – Question d’abord de la conception de la relation entre Paris et l’ensemble de l’agglomération. La mise opposition est stérile. Il faut se défaire des clichés. Oui, il y a des oppositions criantes entre centre et périphérie, entre Ouest et Est mais il faut se défaire de la vision d’un Paris riche et prospère qui vampiriserait ses voisins. .Non seulement l’espace parisien est lui même traversé par de grandes inégalités mais les évolutions des 10 dernières années montrent aussi que la dévitalisation de certaines zones de Paris retentit négativement pour l’ensemble de la région. A l’inverse, le développement doit se concevoir dans l’interdépendance. Pas une question, qu’il s’agisse de la pollution, des transports, du logement, de l’Education ne peut se penser dans le chacun pour soi et dans un jeu de vase communisants entre Paris et ses voisins. C’est de développement solidaire qu’il faut parler, et non de concurrence, de coopération entre les territoires, des effets structurants pour tous les territoires de chacun des projets urbains. C’est dans cette vision globale du développement de la métropole que nous nous inscrivons qui met en synergie Paris et l’ensemble de l’agglomération en synergie.
2 – question ensuite des modes de coopération. Nous partageons l’idée que le problème actuel n’est pas de nature institutionnelle. IL est d’abord celui des pratiques. Dans ce cadre, une procédure n’est pas bonne ou mauvaise en soi. Si l’on prend par exemple l’essor récent de l’intercommunalité, on peut ne mesure l’intérêt pour développer des coopérations sur les projets transversaux. Mais en même temps, on voit aussi l e risque d’en rester à des regroupements qui structureraient l’espace en zones riches et en en zones pauvres.
3 – Question enfin des novations à introduire. Pas de procédure miracle ni de réponse avant tout institutionnelle mais idée que ce sont des coopérations pragmatiques qu’il faut développer.
2 points à préciser : • la nécessité d’avoir beaucoup d’imagination pour inventer les formes d’échanges entre collectivités mais aussi la nécessité de repenser de façon radicale les formes de démocratie participative. • Il faut mobiliser toutes les formes qui peuvent favorise l’implication des citoyens, la formation, la connaissance, l’expertise pour aboutir à des possibilités réelles de participation jusqu’aux délibérations. Le SDRIF est un bon exemple du défi à relever. Actuellement, l’expertise est incontestable. Quand on prend les travaux de l’APUR ou de l’IAURIF, on est frappé par les compétences accumulées et la créativité de certains projets. Mais parallèlement la distance avec les citoyens et même avec les élus parfois est étonnante. Elle est frustrante je suppose pour les experts eux-mêmes. Il ne suffit pas de conseils de quartier pour surmonter une telle difficulté.
Voilà donc quelques repères. Nous avons la conviction que la région devrait jouer un rôle d’impulsion, d’incitation aux coopérations, qu’elle pourrait faire beaucoup pour faire du développement urbain des 20 ans qui viennent une grande affaire démocratique.

Commentaires