Intervention de François Labroille au nom du groupe CACR 25 septembre 2008
Par François Labroille le jeudi, septembre 25 2008, 15:12 - sdrif - Lien permanent
Débat sur l’adoption du SDRIF du schéma directeur de la Région Ile de France!!!!!!!!!!!!
Monsieur le président, Madame la vice présidente, chères et chers collègues,
Nous avons le sentiment de vivre aujourd’hui un moment un peu solennel, grave même avec ce débat sur l’adoption du SDRIF. Dès 2004, nous savions déjà que le nouveau SDRIF allait constituer un acte majeur de cette mandature. Le projet était stimulant, même si nous ne savions pas encore la nature et l’ampleur exactes de la tâche à accomplir. Mais ce que nous ne savions pas à l’époque et qui donne aujourd’hui une telle gravité à notre débat, c’est la virulence de l’opposition de la droite et du gouvernement à la conclusion d’un travail considérable qui s’efforce de penser le développement de notre région pour les 20 ou 25 ans à venir. Depuis plus d’un an, le Président de la République en personne et le Premier Ministre ont tenté en effet de faire échouer le nouveau Schéma Directeur : demande d’annulation de l’enquête publique en juin 2007, annonce de projets du gouvernement se substituant au SDRIF et menace aujourd’hui de non transmission du SDRIF au Conseil d’Etat. Ce conflit est l'indice de l'ampleur des questions en jeu. Dans une région dont personne ne peut ignorer les crises sociale, économique et écologique, nous savons que le SDRIF est beaucoup plus que la production d'un document d'urbanisme. Il oblige à repenser sur un horizon long l'ensemble des questions de logement, d’emploi, de transports, d’équipements urbains qui vont commander la vie quotidienne de près de 12 millions d’habitants. Si les mots ont un sens, c’est bien du projet pour cette région qu’il s’agit de traiter. C’est pourquoi je voudrais dans cette intervention m’attacher surtout au fond. !!!! Je voudrais vous dire en quoi le groupe CACR retrouve ses grandes préoccupations dans le SDRIF et donc les raisons qui le poussent à en faire une référence incontournable pour les politiques d’aménagement des années à venir. J’espère montrer à cette occasion sans polémique mais sans faux-fuyant que ce sont bien des conceptions divergentes du devenir de l’Ile de France qui s’affrontent.
1 – Nous portons une appréciation positive sur le SDRIF pour deux motifs essentiels et indissociables que nous avions déjà relevés en février 2007: sa méthode d’élaboration et son contenu.
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1.1 Le groupe CACR a en effet constamment insisté sur la dimension démocratique
à donner à l’élaboration du schéma directeur pour parvenir à un contenu ambitieux, celui du renversement des logiques ségrégatives qui affectent l’Ile de France comme les autres grandes métropoles mondiales. Et nous pensons même que, au-delà de l larges concertations institutionnelles qui ont été conduites, des centaines de milliers des personnes auraient pu s’y impliquer si nous avions pu nous en donner les moyens au départ. Il a aussi constamment mis l’accent sur la nécessité impérieuse de la lutte contre les inégalités et d’une conception du développement adossée à l’égalité sociale et territoriale. Il a été de celles et ceux qui dès le départ on alerté sur la nécessité d’intégrer les réponses à la crise écologique et énergétique dans les choix d’aménagement, sans opposer la densification et la qualité de vie urbaine. Il a toujours mis l’accent sur la solidarité et l’interdépendance des territoires sans opposer Paris, le cœur de l’agglomération et le nécessaire développement de nouveaux territoires. Il a voulu faire du logement un point fort du schéma avec l’objectif de construire 60000 logements par an et d’atteindre 30 % de logements sociaux d’ici 2030. Il s’est beaucoup investi pour un développement des transports publics réellement ambitieux avec la mise en avant du prolongement de nombreuses lignes de métro, de tramway, de RER, … et avec celle de la grande rocade en métro rapide.
1.2 Où en sommes-nous aujourd’hui ?!! Le document dont nous disposons résulte d’une nouvelle phase de concertation intervenue depuis l’adoption du projet de février 2007. Il intègre de nombreux éléments suggérés par l’enquête publique ainsi que des demandes des collectivités territoriales et de l’Etat sur un certain nombre de points. Les discussions ont parfois été très vives, on le sait sur le logement, sur l‘extension de zones d’urbanisation, sur les projets routiers, les aéroports, les sites de la Défense ou de Saclay… mais le document stabilise des compromis sans remettre en cause l’économie générale du projet. L’exercice était périlleux mais, si certains aspects nous sont imposés en raison des compétences de l’Etat, l’architecture d’ensemble du projet de 2007 est préservée et nous nous en satisfaisons. Cela vaut pour l’identification des grands défis, pour la priorité accordée à la lutte contre les ségrégations sociales et territoriales, pour le choix de la ville compacte, essentiel du point de vue du développement durable. Cela vaut pour l’importance accordée aux questions du logement avec le maintien de l’objectif de 30 % de logements sociaux en dépit des pressions exercées ainsi que des choix ambitieux en matière de transports collectifs. Cela vaut pour une géographie des territoires stratégiques et prioritaires qui intègre mieux le rôle névralgique du cœur d’agglomération et qui s’efforce en même temps de penser de nouvelles dynamiques territoriales.
1 . 3 Certes nous savons que le schéma n’est pas sans limites ou ambigüités car c’est dans la nature même d’un document élaboré avec autant de partenaires que de se prêter à plusieurs niveaux de lecture. Il n’empêche que le projet!! que nous y trouvons intègre des options qui nous semblent essentielles e!!t offre de solides points d’appui pour l’avenir. Nous savons aussi que les nombreuses prises de position en faveur du schéma valident et la méthode et le contenu. Nous sommes particulièrement sensibles à l’expression positive d’une majorité des conseils généraux ou bien de celles des organisations syndicales de salariés qui, comme de nombreux représentants associatifs et au delà de leurs critiques ponctuelles, ont soutenu les orientations du SDRIF à l’occasion du vote de CESR jeudi dernier. Nous voilà donc au terme de plus de 4 ans de travail, de mobilisation d’une expertise de grande qualité, de l’IAU, des services de la Région, d’une mobilisation et d’une sollicitation régulière de Mireille Ferri et de son équipe, de l’exécutif et de son Président Jean-Paul Huchon, 4 ans de concertations avec les collectivités et d’initiatives publiques, c’est déjà un aventure humaine, une aventure avec de relations interpersonnelles et une aventure intellectuelle, 4 ans au termes desquels en toute logique nous devrions avoir un document opérationnel. Et pourtant ce n’est pas encore acquis, le vote de notre Assemblée n’y suffira pas si ne sont pas mises en échec les tentatives en cours pour contourner le SDRIF. __
2 - Et maintenant ? Que va devenir le SDRIF ?
2.1 La droite et le gouvernement multiplient les actes de blocages !!pour stopper la procédure, vider le SDRIF de sa substance et lui enlever sa portée juridique. Cette guérilla politicienne, de courte vue est non seulement un déni de démocratie envers l’ensemble des collectivités qui ont été associées et consultées… envers l’ensemble des acteurs sociaux qui ont été partie prenante de son élaboration mais aussi un mauvais coup porté aux franciliennes et aux franciliens. Elle transforme les grands choix publics d’intérêt général en champ de manœuvre électoraliste. Les questions que nous avons à traiter valent pourtant beaucoup mieux. En effet la « ville se fait et se défait » à grande vitesse. Chacun sait bien ici que les mutations en matière d’urbanisation et d’aménagement de l’espace s’accélèrent, pour le meilleur rarement et pour le pire le plus souvent quand c’est l’anarchie du marché et la captation de la rente foncière qui sont aux commandes. Les travaux d’élaboration du SDRIF ont permis une approche prospective, une vision d’ensemble, des lignes directrices qui organisent l’aménagement. Il est urgent de valider un cadre qui fasse référence pour l’ensemble des politiques locales et contribuer à cette régulation là. En disant cela, je ne prétends pas que le SDRIF a réponse à tout pour quart de siècle à venir mais il indique les lignes de forces qui, aux delà de ses orientations en matière d’urbanisme donnent sens aux politiques publiques. Il constitue donc une référence essentielle pour les chantiers à venir.
2.2 Parmi ceux-ci, je voudrais évoquer trois questions particulièrement sensibles.!! __ 2.2.1 La première renvoie à ce débat sur le développement économique.__!!
Roger Karoutchi et Christian Blanc martèlent le reproche d’absence d’ambition. Et communiquent en agitant ce chiffre de 5 % de croissance économique annuelle pendant 25 ans et d’1 million d’emplois de plus d’ici 2030 , tout en renvoyant la Région à une supposée vision décliniste. Permettez moi au passage une petite suggestion : demandez à votre Premier Ministre François Fillon si les projections qu’il utilise pour évaluer les besoins de financement de retraites sont fondée sur de telles performances. Car si tel est le cas, répandez la bonne nouvelle : vous pouvez nous garantir que le gouvernement renonce désormais à allonger la durée de cotisation en matière de retraite. Mieux, comme il va tellement remplir les caisses, les services publics n’ont plus rien à craindre et la protection sociale va redistribuer à tout va. Le débat est ailleurs et vous le savez très bien. Il n’est pas dans la formulation d’un taux de croissance digne du GOSPLAN, il est dans la façon de penser le développement économique aujourd’hui. La France et l’Europe n’ont que des performances médiocres et subissent en ce moment-même une dégradation douloureuse de l’activité. Aucune des promesses de la mondialisation néolibérale n’est tenue. Les crises financières à répétition ne sont-elles qu’un problème de moralisation du capitalisme financier et d’un défaut de régulation à corriger ? Parler de développement économique à l’heure des crises financières et écologiques, c’est devoir repenser les ressorts et les finalités du développement. En s’efforçant de penser la dynamique recherche/formation/innovation, en s’efforçant de repenser l’attractivité en la fondant sur la qualité de vie, le bien-être, l’emploi, la sécurité et la formation des personnes, le SDRIF autorise au moins une conception renouvelée du développement économique et de l’attractivité, qui ne refuse pas la mondialisation en soi mais qui ne se soumet pas à des contraintes jamais discutées, qui pense coopération plus que concurrence, relocalisation ou innovation que financiarisation. La droite pense l’avenir avec un regard des instruments du passé. Sans prétendre avoir réponse à tout, le SDRIF permet d’imaginer un autre futur. C’est ce débat que vous ne pourrez pas esquiver.
2.2.2 La seconde question qui me semble valoriser le SDRIF est celle de l’avenir de ce PARIS METROPOLE Ile de France.!! Dans son contenu même, le SDRIF en traite et met en évidence tout à la fois la spécificité de la zone dense et la nécessité de penser l’interdépendance de l’ensemble des territoires. Il préconise des lieux de dialogues par faisceaux et une conférence territoriale. Il s’articule donc avec la réflexion engagée en faveur du développement des coopérations métropolitaines dont la création du syndicat mixte a été co décidée le 25 juin dernier avec le Conseil Régional. On sent bien les tentations d’exacerber les rivalités entre les institutions et de spéculer sur les mises en concurrence plutôt que sur les coopérations. Ce n’est pas notre approche. Nous ne serions d’ailleurs pas de ceux qui s’offusquent que l’Etat en tant qu’entité institutionnelle se préoccupe du devenir de la région dit capitale s’il le faisait dans le respect des collectivités concernées, de leurs compétences et de leurs projets. Alors oui, nous voyons une pleine complémentarité entre la conférence territoriale prévue par le SDRIF et le processus de création du syndicat mixte qu’il approuve. Rien ne serait pire que de cultiver des clivages stériles, opposant les territoires entre eux, les institutions entre elles. La mobilisation publique sur les grands défis appelle beaucoup plus de coopérations, de mise en relation entre collectivités pour parler des projets qui intéressent nos concitoyens. Dans un tel cadre, la Région a à jouer un rôle majeur qui n’en fait pas une collectivité tout à fait comme les autres. Elle se doit en effet d’être garante des cohérences et des solidarités à grande échelle. C’est cela qui lui donne autorité. Avec l’élaboration du SDRIF, par les anticipations qu’elle a su faire prendre en compte et par la qualité des concertations qu’elle a conduite, elle a parfaitement assumé cette fonction. N’en déplaise aux stratèges de la reconquête électorale par la droite de l’Ile de France, il ya quelque chose de désormais irréversible dans ce rôle assumé par la Région. Le terme même de SDRIF restera désormais attaché à ce statut.
2.2.3 Enfin, il est un autre chantier à venir sur lequel je souhaite conclure mon propos, et qui renforce notre attachement au SDRIF, celui de la démocratie.!!! Le changement social ne se décrète pas… - et j’ajouterai « surtout pas » - quand le projet heurte des intérêts installés et a l’ambition d’apporter des transformations profondes à l’existant, d’imaginer une grande région urbaine, solidaire, créative, de qualité de vie etc…Nous sommes de celles et ceux qui croient qu’il n’y a pas de destin collectif sans mobilisation collective et que l’appel à l’intelligence collective est le ressort même de la démocratie. Le SDRIF est déjà, même s’il aurait pu l’être plus encore, le produit d’une telle démarche. Mais il le sera plus encore en devenant un important point d’appui pour toutes celle et tous ceux qui veulent s’emparer des projets de transports, de logement, d’équipements, d’urbanisme… Il l’est parce qu’il permet de penser de grands enjeux et parce qu’il donne de grands objectifs. Quelles que soient les manœuvres à retardement que la droite nous annonce, le SDRIF est dores et déjà un document vivant tant pour les collectivités que pour le mouvement associatif ou syndical. Il le sera d’autant plus pour les années que nous le donnerons à connaître et à débattre. Nous pensons que nous avons à réfléchir en grand à la popularisation du travail accompli.
Pour conclure!! Le groupe CACR va donc voter ce schéma directeur. Il va le faire avec le sentiment d’y avoir pris toute sa part. Nous allons désormais en appeler aux franciliennes et aux franciliens pour qu’ils prennent beaucoup plus leur place dans une confrontation publique qui les concerne au plus au point. Pour qui veut relever le défi des inégalités et de la crise écologique, développer le logement social et les transports en commun, promouvoir l’emploi et la qualité de vie urbaine dans une région métropole de taille mondiale, l’adoption du SDRIF sera un atout pour les politiques locales comme pour les mobilisations sociales.

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