Mon point de vue adressé à l'APSES le 20 novembre 2008
Par François Labroille le jeudi, novembre 20 2008, 19:59 - Sciences économiques et sociales - Lien permanent
Je me sens totalement impliqué dans la mobilisation des enseignants de SES pour sauvegarder et développer une discipline qui a été une des novations majeures du lycée depuis 40 ans. Mais je revendique une discussion plus exigeante.
Courrier adressé le 20 novembre 2008 à Marjorie Galy
Chère cosecrétaire générale,
Nous ne nous connaissons pas et je n'interviens jamais sur la liste de diffusion de l'APSES. Je me permets cependant de te transmettre la copie d'un message adressé à mes deux collègues de mon lycée parisien (Honoré de Balzac) et que j'ai également transmis à Gérard Grosse et à Edwige Corcia, des amiEs de 30 ans. Demain, avec mes deux jeunes collègues, nous serons tous les trois en grève à Balzac. Nous partageons une sensibilité qu'il semble impossible d'exprimer sur la liste de diffusion. Je suis cependant convaincu qu'elle existe sans doute assez largement. Tu la trouveras exprimée dans le message ci-dessous et dans la rerédaction du passage final de la lettre aux parents que nous avons diffusée ce matin.
"Pour toutes ces raisons, les professeurs de SES seront, comme leurs collègues des autres disciplines, en grève le 20 novembre, et vous sollicitent pour les soutenir* et demander avec eux un enseignement de Sciences Economiques et Sociales très largement accessible à tous les élèves de Seconde et aux élèves des voies L et S qui le souhaitent, ainsi que le maintien d'une série économique et sociale. "
Derrière cette reformulation, il y a tout un débat de stratégie qui doit sûrement avoir lieu au sein du CD de l'APSES mais qui ne transparaît pas. J'avais déjà été frappé par les approximations sur le positions autour du rapport Guesnerie mais là, les termes d'un débat parfaitement légitime étaient perceptibles et j'ai alors eu l'impression de suivre les cheminements et les ajustements du point de vue collectif qui s'est stabilisé. Or, je suis convaincu que le pire est de réserver de tels débats à des cercles étroits. J'ai apprécié souvent dans tes interventions sur la liste un souci de la nuance et une souplesse intellectuelle pour penser des stratégies d'affrontement et de négociation. Ces questions sont difficiles et ne se résolvent bien que lorsqu'on élargit le nombre de celles et ceux qui les traitent. C'est pourquoi je me permets cette démarche. Sache que je me reconnais dans les analyses de fond - et donc pas nécessairement sur les aspects tactiques - , que ce soit celles que toi ou Sylvain David vous avez pu écrire, ou bien dans des textes diffusés par Daniel Rallet, Christian Laval ou l'intervention de juin d'Elisabeth Chatel pour ne citer que ceux là parce qu'ils ont le mérite de traiter du fond sans manichéisme mais en identifiant l'offensive récurrente dont les SES sont l'objet. Je mets dans ce cadre l'appel en faveur des SES. En revanche je pense que dans certaines expressions et sur la liste, la vision autocentrée des SES, est désastreuse pour décrypter la réforme Darcos et pour développer une stratégie offensive. Mon désaccord porte sur plusieurs points que tu vas lire et notamment sur un ciblage trop exclusif des enjeux sur le tronc commun en seconde. Je me permets de t'alerter car nous sommes un certain nombre à avoir une histoire longue avec les SES et à ne pas nous contenter des slogans en vogue et à avoir besoin d'une vision d'ensemble de la Seconde à la Terminale pour déjouer les intentions des promoteurs de la Réforme et tenter de la la retourner à notre avantage dans une approche d'ensemble cohérente qui ne sous-estime pas la portée formatrice des autres disciplines. Je crois aussi qu'il y aurait un risque majeur à séparer progressivement les enjeux de structure et les enjeux de contenu comme le suggèrent certains messages. L'APSES a fait un travail remarquable encore tout récemment sur ce terrain. Ce serait suicidaire de ne plus le mettre en avant. Ce message reste privé. Je ne discute en général que lorsque je peux participer à une réunion et m'inscrire dans un véritable échange interactif. Ce n'est pas la fonction d'Internet. Et comme je n'ai pas plus fréquenter les réunions de l'APSES ces derniers temps que les années antérieures, je m'abstiens de diffuser mon point de vue et je ne veux en rien contrarier l'activité de celles et ceux qui tirent la mobilisation. Je crois cependant utile pour toi de savoir que des collègues de SES ne s'expriment pas nécessairement par internet, mais réfléchissent, se mobilisent, interviennent et ont un point de vue sur la stratégie à suivre.
Bon courage en tout cas dans cette période difficile. Cordialement François Labroille
Mon message où j'exprime un désaccord:
Marie et Victoire Nous avons parlé ce matin (Marie et moi), de la possibilité de diffuser la lettre l'APSES aux parents d'élèves de Balzac. J'avais même évoqué l'éventualité d'en faire le tirage pour mercredi matin. Je vous avoue qu'à la lecture je suis perplexe. Le coeur de l'argumentation reste l'objectif de devenir une discipline "obligatoire" en Seconde et celui, indiscutable celui-là, du maintien des séries identifiées. Mon doute vient du fait que je ne vois pas comment dissocier la Seconde de la suite. En focalisant ainsi l'enjeu et l'argumentaire, on s'affaiblit doublement. L'accès à culture économique et sociale ne se joue pas sur la généralisation ou non d'un enseignement de SES aux élèves de Seconde. L'expérience des années 1980 mérite à cet égard d'être méditée avec les deux heures "d'esclavage" hebdomadaires pour les profs devant des classes au mieux indifférentes. En revanche, il se joue à la fois sur le maintien ou non d'une série ES identifiée et sur l'accès ou non des élèves de L et de S à un enseignement de SES sous une forme ou une autre. LA radicalisation du positionnement de l'APSES sous la pression d'un faux débat par liste de diffusion sur le dilemme 'le tronc commun ou la mort" a interdit toute discussion sereine ces dernières semaines. Et du coup, on risque de passer à côté de décisions essentielles. J'ajoute que je suis par ailleurs très perplexe devant d'autres prises de position. L'APSES dit par exemple refuser la semestrialisation mais laisse son secrétaire général adjoint négocier le contenu d'un module semestriel et signe un texte avec le SGEN qui défend la modularisation par semestre. Je ne comprends pas ces incohérences. Enfin, je suis gêné par une vision très autocentrée des enjeux de la réforme "Darcos". Nous avons souvent un regard condescendant à l'égard des autres disciplines comme si nous étions les seuls à pouvoir parler du réchauffement climatique, des enjeux de la bio-éthique ou du pluralisme des démarche de pensée. Et nous ramenons la réforme à la dimension SES, sans l'articuler avec par exemple les volumes horaires et les cohérences des parcours. Pour tout dire, je suis incapable de dire ce qu'est la stratégie de l'APSES. Bref, la lettre me semble devoir être améliorée pour être diffusable. Dans certains expressions, l'APSES a été très bonne. Il suffirait de peu pour corriger cette lettre dont l'inspiration sur les contenus de formation me convient mais pas dans tous ses termes. Je suis totalement convaincu de l'existence d'une tentative de liquidation des SES comme il s'en est produites dans le passé mais je me méfie des approches un peu trop simplificatrice pour la déjouer. Je n'ai pas pu me libérer pour assister aux réunions de l'APSES depuis la rentrée sur Paris. Je le regrette car j'aurais aimé sortir de l'univers d'INTERNET assez asphyxiant pour la réflexion collective.

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