Courriel adressé au SNES FSU le 6 décembre 2008
Par François Labroille le samedi, décembre 6 2008, 20:03 - Sciences économiques et sociales - Lien permanent
A Gérard Aschieri, Daniel Rallet, Gisèle Jean, Gérard Grosse, Arnaud Parienty+ Secrétariat Général du SNES Comme vous êtes les personnes que j'estime le plus sur ces questions, je vous envoie ma réaction à un message de Georges Ortsui qui m'a très amicalement demandé mon avis sur les derniers éléments relatifs aux SES. Cordialement
Merci de me consulter. Je vois bien que l'on est à un moment très délicat où il faut réfléchir à des sorties possibles de crise, sans trop se planter. Or je ne partage pas du tout l'enthousiasme en faveur du scénario tronc commun à 1 h 30 pour un enseignement « d'Eco » - les dépêches AEF et les informations dont je dispose vont toutes dans ce sens - car j'y vois des risques majeurs pour le devenir des SES et leur identité même. J'ai même l'intime conviction que certaines stratégies trop subtiles peuvent franchement se retourner contre les objectifs que l'on croit poursuivre.
J'entends certes les arguments qui disent : mieux vaut ancrer un statut au niveau du « rang » disciplinaire en seconde et avoir un pouvoir dans les procédures d'orientation que le risque de la fragilisation. Mais je ne les crois pas du tout aussi solides que leur répétition semble le dire.
J'ai en effet deux objections : - Je me permets de répéter la première parce que je ne suis pas né de la dernière pluie : je ne crois pas au « rang disciplinaire » à 1 h 30 profs car le coût de la reconnaissance symbolique serait alors très lourd pour les profs et largement illusoire côté des élèves. Pour lever cette objection, il faut 3 heures profs minimum. Sur quelle maquette horaire d'ensemble ? Personne ne m'a répondu jusqu'à présent. Si les 3 heures profs ne sont pas accessibles, ce n'est pas tenable. Dans mon propre service, je passerai l'an prochain de deux secondes à 4 et à 8 quand je reviendrai à temps plein. Non merci. Je veux bien que l'on m'explique des victoires macro mais il faut être très loin de l'enseignement pour y croire dans de telles conditions. Qu'on ne me dise pas que je ramène ces enjeux à ma personne, je fais simplement de la pédagogie. Je peux le dire tout autrement si nécessaire.
- La seconde me semble plus essentielle. Je pense très dangereux de jouer là aussi aux apprentis sorciers sur les contenus. Suggérer que l'intitulé « éco » ne sera qu'une transition alors que l'on a écrit des pages entières remarquables sur la nature idéologique de l'offensive en cours me déconcerte un peu. Si l'anecdote du coup de fil de Pébereau à Etienne en plein groupe de travail est authentique – et je sais de plusieurs sources qu'elle l'est – je ne vois pas comment on pourrait lâcher la proie pour l'ombre. Cela fait 40 ans – pour moi 30 ans – que l'on martèle que l'on ne peut pas dissocier structures et contenus. J'ai cru comprendre que l'on pouvait imposer un rapport de forces sur les programmes, que nous avions des appuis et que la mobilisation des derniers jours les a renforcés. On a décroché des soutiens de renom sur la base des contenus. On sait que l'histoire ne repasse pas les plats.
Pour autant je ne plaide pas pour le premier scénario évoqué (« 2 modules optionnels dans la configuration que nous connaissons ».) d'autant que je ne comprends pas bien ce qu'il recouvre. En revanche, je pense qu'il faut sortir du piège dans lequel on s'est un peu enfermés « le tronc commun ou la mort ». Comme Georges Ortusi, je crois essentiel de préserver une continuité annuelle de notre enseignement de Seconde, et aussi pour ma part de ne donner aucune prise à la dénaturation de nos contenus et de préserver/consolider la voie de type ES. Est-ce que l'on peut donc concilier un élargissement du nombre d'élèves de Seconde accédant aux SES sur la base de 3 heurs profs avec une identité disciplinaire maintenue et un renforcement du parcours possible vers la voie de type ES ? Est-ce que l'on peut phosphorer sur des hypothèses nouvelles dans ce sens ? Je suis convaincu que l'on doit pouvoir sortir du dilemme « tronc commun mais à 1 h 30 et sous l'appellation et le contenu « éco » » ou bien « la simple modularisation semestrielle».
J'ajoute qu'on ne peut évidemment pas raisonner sur la seule base SES. Certes je sais l'impossibilité de pousser les discussions sur les maquettes horaires sans aviver les rivalités entre les disciplines. Mais si le SNES veut dégager une vision globale avec l'ensemble des collègues, il faut bien procéder autrement. On ne peut pas prétendre parler de la cohérence des formations, défendre la nécessité de séries identifiées et ignorer l'existence des autres disciplines dans un débat SES. Il nous faut donc impérativement concevoir des sorties qui concilient les préoccupations de tous. Je serai très très mal à l'aise devant mes collègues et mes élèves si demain, les profs de SES, dans une victoire à la Pyrrhus, se désintéressaient de la réforme au prétexte de leur supposée reconnaissance.
Bon, désolé d'avoir été un peu long mais le sujet me tient depuis toujours terriblement à cœur et m'incite à sortir de la réserve dans laquelle je cherche à rester depuis que je n'ai plus de responsabilités syndicales. Amicalement François Labroille

Commentaires