Courriel de Sylvain David sur la liste APSES intitulé le bout du tunnel ? Bonsoir, merci à Erwan pour sa participation au reportage de France 2 qui me semble extrêmement favorable aux SES. Chaque jour nous nous approchons un peu plus de la reconnaissance de la légitimité des sciences sociales dans la formation générale des élèves (cf dépêche de l'AFP, article du Figaro, reportage de France 2). Encore une fois, nous étions bien seuls il y a quelques semaines à nous mobiliser pour l'intégration des SES aux enseignements généraux en classe de seconde. Cette intégration ne doit évidemment pas être obtenue à n'importe quel prix (mais c'est bien d'intégrer un enseignement de SES dont on parle aujourd'hui!) et ne doit pas nous faire oublier tous les problèmes que le projet de réforme pose. Mais alors que certains nous expliquaient que nous devions nous satisfaire de la place qui était allouée aux SES en classe de seconde, tandis que d'autres nous disaient que notre combat était voué à l'échec, les enseignants de SES ont fait la démonstration de leur exceptionnelle mobilisation (le 3 décembre dernier notamment) et les soutiens dont nous bénéficions sont toujours plus nombreux. Les moustiques ont ouvert une brèche. Elle ne doit pas se refermer. Ce soir, plus que jamais, c'est possible: SES we can! Ne lâchons rien.

Sylvain

Ma réponse

Le bout du tunnel ?



Je le voudrais ardemment. Je n'en suis pas si sûr, quelle que soit la satisfaction que je ressens à mesurer notre capacité de mobilisation collective et la mise à mal du schéma Darcos initial qui en résulte. La raison en est simple. La place dans le tronc commun à 1 H30, sur un contenu non garanti SES peut très bien nous liquider aussi sûrement que la marginalisation du schéma initial. J'alerte donc sur le risque de ce qui ne serait qu'une victoire à la Pyrrhus. Je suis un fervent partisan d'une stratégie qui sait combiner rapport de forces et négociations. Ce n'est donc pas le fait de discuter que je conteste mais je veux pousser l'échange sur ce que l'on explore et sur les critères d'appréciation d'éventuels résultats.



A lire les dépêches, j'en reste à des informations très contradictoires sur les contenus. Toute solution qui nous conduirait à devoir accepter une redéfinition strictement économique des contenus en contrepartie du tronc commun me semble intenable. Il ne suffit pas de proclamer que les profs de SES feront toujours des SES quels que soient les programmes pour y croire. L'APSES a suffisamment insisté avec raison sur la nature de l'offensive idéologique en cours pour ne pas la relativiser au nom du tronc commun. Pas de bout du tunnel sans garantie sur cet aspect. J'espère que mes craintes sont infondées.



Je considère par ailleurs que le tronc commun à 1 H 30 pose des questions redoutables non seulement de conditions de travail mais aussi de sens même des apprentissages et donc de l'identité disciplinaire. Je ne suis pas simplement victime de la mémoire encore vive des deux heures en Seconde des années 1980. Je suis convaincu que l'on ne fait plus du tout le même enseignement avec 7, 8 ou 10 classes dans son service. Ce n'est plus la troisième culture que l'on fera vivre mais un catéchisme insipide que l'on dispensera. Pas de bout du tunnel dans ce piège.



Je ne sais pas quelles sont les diverses sorties accessibles aujourd'hui. Mais le travail remarquable qui a été fait et dynamisé par le BN, avec la médiatisation et le soutiens de renom, nous a donné de solides atouts pour peser sur les contenu et sur notre place. Je pense qu'il y a plusieurs façons de les utiliser. Comme tous, je trouve très regrettable que l'on soit coincés dans la discussion sur la seule Seconde parce qu'une partie de l'appréciation dépend quand même de la suite et de l'articulation ou non avec une voie de type ES. Mais, puisqu'il faut bien se mouiller sur la Seconde, je pense qu'il faut sortir du piège « le tronc commun ou la mort ». Comme je ne veux pas de la mort lente à 1 H 30 dans le tronc commun, j'aimerais savoir si on intellectuellement exploré d'autres scénarios. On a 40 % des élèves de Seconde à 3 H profs actuellement en SES. Si on phosphorait pour passer à 60 % avec un sérieux élargissement du vivier vers la voie de type ES je ne crois pas que cela raccourcirait notre espérance de vie, au contraire. Quitte à faire hurler, je pense même que la reconnaissance de la troisième culture se joue tout autant en Première et Terminale.



Quand on discute avec les collègues des autres disciplines, on voit bien que l'on a largement des préoccupations communes sur les dangers du schéma Darcos, sur les évolutions à imposer et sur les exigences de qualité de formation. On ne peut donc pas se laisser tenter par une vision trop autocentrée. Je me sentirais personnellement particulièrement mal si les SES manifestaient un lâche soulagement en se contentant d'une reconnaissance symbolique qui serait particulièrement perverse dans les conditions annoncées, et ce d'autant plus si la dimension contenus était dans la balance. Je connais malheureusement la difficulté à pousser les discussions sur les maquettes horaires sans aviver les rivalités entre les disciplines mais il faudrait en passer aussi par là si on veut se coordonner efficacement.



J'ai conscience d'exprimer un point de vue qui ne débouche pas directement sur des propositions opérationnelles et qui ne va pas nécessairement dans le sens du poil mais je suis sûr que personne dans notre discipline n'est adepte de la pensée unique.



François Labroille Lycée Balzac Paris