Banlieues : A quand une véritable priorité, et le respect ?

Par Evelyne Perrin, Mehdy Belabbas, Tarek Ben Hiba Mehdy Belabbas est membre de Citoyens à part entière (Ivry-sur-Seine). Tarek Ben Hiba est Conseiller régional d’Ile-de-France (Groupe Communiste, Alternative citoyenne, Républicain). Evelyne Perrin est membre de AC !, Stop précarité.

vendredi 7 décembre 2007

Deux ans après la révolte des banlieues de novembre 2005, la violente flambée de colère des jeunes de Villiers-le-Bel et des communes environnantes du Val d’Oise, suite à la mort par collision avec un véhicule de police, dans des circonstances non élucidées, de deux adolescents, révèle la profondeur du mal être des banlieues populaires. Or, qu’est-ce qui a été fait depuis la crise de novembre 2005 ? Peu de choses, sinon rien, de significatif.

On est bien loin de l’effort important qui devrait être entrepris pour conjurer les maux dont souffrent les habitants des quartiers populaires : taux de chômage double de celui du reste du territoire, enclavement, discriminations colossales dans l’accès à l’emploi, qui décourage les jeunes ayant fait des études, harcèlement policier et stigmatisation récurrente de ces jeunes au plus haut sommet de l’Etat (« racaille », à nettoyer au « Kärcher », « voyoucratie », etc…).

Toutes les révoltes, baptisées « émeutes », qu’ont connues les quartiers populaires depuis des décennies ont eu pour origine des violences ou bavures policières ayant entraîné mort d’homme. Il n’est pas étonnant qu’au fil du temps la colère monte et que les derniers incidents aient été plus violents que les précédents, traduisant le profond divorce entre les jeunes dits des cités et la police, dont le comportement humiliant (contrôles d’identité à répétition avec tutoiement et manque de respect) attise la haine, là où une police de proximité respectueuse pourrait être reconnue pour son utilité.

Si l’on ne s’attaque pas aux racines du mal, des révoltes comme celle que l’on a connue en 2005 après le décès de deux adolescents poursuivis par la police et comme celle de ces derniers jours à Villiers-le-Bel ne pourront que se répéter, vu l’ampleur des discriminations qui leur sont opposées, dès l’école, dans l’accès à l’emploi, au logement, à la culture, à la religion, à la vie politique , discriminations contre lesquelles, malgré la création de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations), on ne lutte pas assez efficacement.

Or, qu’a fait l’Etat pour ces banlieues depuis 2005 ? Les crédits consacrés à la politique de la ville restent dérisoires, sauf en ce qui concerne les importants investissements du plan Borloo de démolition-reconstruction de logements par l’ANRU, qui entraînent l’éviction des couches populaires. Pour une commune de 80 000 habitants avec trois ZUS (zones urbaines sensibles) comme Champigny sur Marne, les crédits de l’Etat pour la politique de la ville ne représentent en 2007 que 10 euros par habitant et par an ! Les associations de quartiers populaires ont vu leurs subventions coupées ces dernières années. Clichy-sous-Bois, qui avait vu naître les révoltes de novembre 2005, reste toujours aussi enclavée sur le plan des transports en commun.

Les habitants des quartiers populaires ont aussi besoin de considération et de respect. Les attaques contre leurs modes de vie, leur religion, sont trop fréquentes, et les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy, qui va jusqu’à traiter ces jeunes de « voyoucratie », ne contribueront pas à affirmer ce respect. De telles insultes, proférées par un chef de l’Etat, sont inadmissibles. Par ailleurs, quelle place est faite aux jeunes des cités, tous impatients de se faire entendre, dans les conseils municipaux, les conseils généraux, les appareils politiques ? Aucune ou presque.

Mais l’effort doit aussi porter sur le comportement de la police, qui doit être respectueuse et traiter les habitants de ces quartiers comme elle traiterait un habitant de Neuilly sur Seine. On en est loin. Alors que la secrétaire d’Etat à la politique de la ville ne voit pas, dans la révolte de Villiers-le-Bel, de raison sociale, la seule réponse de l’Etat au mal-être des jeunes des quartiers populaires reste et demeure une politique arbitraire et répressive. Les acteurs sociaux de ces quartiers ne se font pas d’illusion sur le plan banlieue de Mme Amara annoncé pour janvier. Depuis 15 ans, les politiques et les lois se succèdent sans que les changements s’opèrent de façon significative. Nos quartiers ont continué de se dégrader et nos habitants ont continué de se désespérer.

Un énorme gâchis collectif est fait en France des compétences de milliers de jeunes des quartiers populaires, stigmatisés dans tous les domaines de la vie quotidienne. Le résorber est un immense défi qui nous concerne tous, si nous voulons vivre dans une société solidaire et égalitaire. Sinon, comme le note Robert Castel dans son excellent ouvrage sur La discrimination négative (paru au Seuil en octobre 2007), « cette coagulation des discriminations raciales et des facteurs les plus graves de dissociation sociale que l’on observe actuellement en banlieue fait peser sur l’ensemble de la société une menace de sécession. Ce n’est qu’en restaurant les conditions d’exercice d’une pleine citoyenneté politique et sociale que l’on pourrait la conjurer ». Les banlieues populaires sont en attente d’un programme à la hauteur de leurs besoins. Elles doivent cesser d’être traitées en problème sécuritaire et recouvrer, avec le respect, leur place pleine et entière dans la France d’aujourd’hui

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